Bureau hybride à Genève : aménager les espaces de travail et organiser le télétravail
Il n’existe pas de droit général au télétravail applicable à toutes les fonctions. L’organisation dépend de l’accord conclu, de l’activité, du contrat...
En 2023, plus de 3 500 tiers-lieux étaient recensés en France selon le rapport publié par France Tiers-Lieux (Rapport 2023). Parmi eux, près d’un tiers comporte une dimension “atelier” ou accueille des professionnels manuels ou créatifs. Cette évolution s’accélère, portée à la fois par le besoin de mutualisation des coûts d’équipement et la recherche de communautés professionnelles thématiques.
Le Grand Genève et la Haute-Savoie n’échappent pas à la tendance. Selon la cartographie Région coworking Auvergne-Rhône-Alpes (regioncoworking-auvergnerhonealpes.fr), près de 20% des espaces identifiés proposent au moins un atelier ou une offre équipée pour les métiers créatifs ; et pour le secteur genevois, une dizaine d’adresses sont spécialisées dans ce type de pratiques.
Un espace de coworking “classique” offre souvent bureaux, salles de réunion, ou zones informelles pour le travail sur ordinateur. Dans les structures spécialisées créatives et artisanales, on trouve tout autre chose :
L’enjeu n’est pas simplement de mutualiser les équipements, souvent coûteux, mais de créer un écosystème où l’entraide, l’expérimentation et la transmission reprennent une place centrale.
Situé dans le quartier des Grottes à Genève, L’Institut est un espace singulier : à la fois coworking pour artisans, ateliers pour créatifs et point d’ancrage pour des collectifs artistiques. Sur plus de 600 m, menuiserie, atelier métal, zone textile et cabine photo sont à disposition, avec une organisation très horizontale : chaque résident contribue à la vie du lieu.
À noter : ils accueillent essentiellement des professionnels déjà installés, mais proposent régulièrement des workshops ouverts au public. Le lieu emploie 7 salariés et héberge une cinquantaine d’usagers réguliers (institut-geneve.ch).
À Annecy-le-Vieux, les Ateliers d’Artisans Réunis (AAR) illustrent le modèle “coopératif” entre différents métiers : ébénisterie, lutherie, artisanat d’art, design textile et céramique. Les résidents mutualisent un vaste atelier de fabrication (machines bois/metal), des espaces bureaux et une boutique ouverte au public deux fois par mois.
À Annemasse, le FabLab porté par l’agglomération et l’association “Manifacture” se veut lieu de rencontre entre artisans, makers, étudiants et designers. L’atelier met l’accent sur la fabrication numérique (imprimantes 3D, découpe laser) mais dispose aussi de zones pour la couture, le prototypage bois, l’électronique – et même d’un laboratoire de médiation scientifique.
La Nef, installée en 2021 dans l’ancienne ferme des Ursulines, développe un espace “coworking créatifs et ruraux” avec une trentaine de places de travail dans un environnement qui mêle textile, agro-transformations artisanales et design. Le lieu va au-delà des métiers traditionnels de l’artisanat moderne : on y croise des chefs pâtissiers en R&D, des céramistes, des créateurs de mobilier...
En 2023, La Nef était utilisée par 17 structures ou créateurs différents. (lanef-tili.com)
Côté Genève, dans la mouvance des politiques publiques en faveur de la culture, plusieurs “tiers-lieux” municipaux ouvrent ateliers partagés, studios de répétition ou de création visuelle :
Souvent publics et gratuits sur dossier, ces lieux offrent une vocation multi-usages et sont exemplaires pour qui cherche un ancrage dans la scène culturelle locale (Mairie de Genève).
Dans la région, on note aussi une émergence de “mini-ateliers” partagés au sein de galeries ou de boutiques qui, à la différence des espaces purement professionnels, misent sur la “vitrine directe” (vente de créations, open studios, rencontres artistes-public). C’est le cas de L’Annexe à Annemasse ou des boutiques-ateliers à Evian, qui accueillent des résidences courtes, bien adaptées aux jeunes créateurs à la recherche d’une première visibilité.
La force de ces coworkings tient à la diversité des services proposés. Outre la location de poste de travail ou d’atelier, beaucoup structurent une offre de services annexes :
À l’échelle locale, plusieurs initiatives mettent aussi l’accent sur l’inclusion (places à tarif solidaire, chantiers-écoles pour l’insertion), la transition écologique (matériaux sourcés, axes réparation/upcycling), ou la portée éducative (atelier parent-enfant, découverte métiers artisanaux).
Créer, équiper et animer un atelier partagé créatif représente un investissement significatif : machines coûteuses, enjeux d’assurance, sécurité, conformité, gestion collective. Plusieurs modèles coexistent :
D’après France Tiers-Lieux, près de 60% des ateliers mutualisés en France combinent aujourd’hui plusieurs sources de revenus pour assurer leur viabilité (France Tiers-Lieux, données 2023).
Enfin, l’esprit du lieu, la gouvernance (collectif ou privé), ou l’éventuelle articulation avec d’autres dynamiques du territoire (réseaux culturels, circuits-courts, économie sociale...) sont essentiels à questionner avant de s’engager.
L’engouement pour les coworkings spécialisés créatifs et artisanaux illustre la vitalité d’une région qui conjugue savoir-faire traditionnel et innovation. En tissant des liens entre métiers, disciplines et publics, ces espaces inventent sans cesse de nouvelles formes de travail, entre ancrage local et ouverture internationale. Pour les artisans et créatifs d’Annemasse à Genève, ces lieux ne sont pas de simples bureaux partagés : ce sont autant de laboratoires où imaginer la ville, la montagne, l’avenir.
Copyright © entrelac.fr.